Menée auprès d’une centaine d’étudiantes, elle montre que diminuer le nombre de produits cosmétiques et de soin utilisés et recourir à des alternatives exemptes de plusieurs composés suspectés d’être d’avoir des effets néfastes sur la santé (dont le méthylparabène et certains phtalates) s’accompagne d’une baisse des concentrations urinaires de ces substances en seulement cinq jours. Une diminution de la concentration du bisphénol A est également observée. Cette substance, classée par l’Union européenne comme « très préoccupante », est un perturbateur endocrinien avéré et reprotoxique présumé, désormais interdit dans les cosmétiques. Pour la première fois dans ce type d’étude, les chercheurs ont réalisé une évaluation d’impact en santé, visant à estimer les bénéfices potentiels, sanitaires et économiques, d’un tel changement de routine cosmétique à l’échelle de la population.
Les substances cancérigènes et reprotoxiques sont interdites dans les cosmétiques en Europe, mais de nombreuses substances présentes dans les produits d’hygiène et les cosmétiques, telles que certains phénols, les phtalates, et le méthylparabène ont des effets délétères pour la santé sont suspectés d’effets délétères sur la santé, et notamment des effets de perturbation endocrinienne. Elles pourraient interférer avec le système hormonal et, par ce biais, être associées à des effets potentiels sur la fertilité et le développement de l’enfant, en particulier en cas d’exposition pendant la grossesse.
Afin d’évaluer dans quelle mesure l’usage de produits cosmétiques et d’hygiène influence l’exposition à ces composés, des scientifiques de l’Inserm, de l’Université Grenoble Alpes et du CNRS (Institut pour l’avancée des biosciences) ont mené une étude[1] auprès d’une centaine d’étudiantes grenobloises âgées de 18 à 30 ans. Pendant cinq jours, elles ont réduit le nombre de produits cosmétiques utilisés et, pour les produits d’hygiène tels que le savon ou le dentifrice, ont remplacé leurs produits habituels par des alternatives fournies par l’équipe de recherche et exemptes de phénols synthétiques, parabènes, de phtalates et d’éthers de glycol.
La comparaison des dosages urinaires réalisée avant et après ces cinq jours de restriction d’usage des cosmétiques montre une baisse significative des biomarqueurs d’exposition à ces substances : près d’un quart en moins (-22 %), pour le phtalate de monoéthyle (MEP), issu de composés utilisés notamment pour fixer les parfums, -30 % pour le méthylparabène[2], un conservateur et possible perturbateur endocrinien, selon les autorités européennes. Le propylparabène[3], autre possible perturbateur endocrinien selon la même source, a par ailleurs été moins fréquemment détecté à l’issue de l’intervention.
Les scientifiques ont également observé une baisse de 39 % de la concentration urinaire de bisphénol A (BPA), une substance classée comme « très préoccupante » (SVHC, pour Substance of Very High Concern), perturbateur endocrinien avéré et reprotoxique présumé par les autorités sanitaires, c’est-à-dire identifiée comme capable d’interférer avec le système hormonal et d’avoir des effets sur la reproduction et le développement de l’enfant, et pouvant être présente dans certains contenants de produits cosmétiques et d’hygiène.
Pour la première fois dans ce type d’étude, les chercheurs ont réalisé une évaluation d’impact en santé, visant à estimer les bénéfices potentiels, sanitaires et économiques, d’un tel changement de routine cosmétique à l’échelle de la population.
Au-delà des seuls efforts individuels, les auteurs soulignent également que des mesures réglementaires sur la composition des produits et de leurs emballages seraient plus susceptibles de réduire durablement l’exposition de l’ensemble de la population. « En l’absence de logo obligatoire indiquant la présence de substances dangereuses dans les cosmétiques, il est très difficile pour chacun d’interpréter leurs emballages et d’éviter ceux contenant des substances préoccupantes », indique Remy Slama.
DOI : doi.org/10.1016/j.envint.2026.110243